Présentation de Zanoni d’Edward Bulwer-Lytton

Comme chacun l’a constaté, depuis un mois, c’est l’été, et l’angoisse de s’ennuyer à la plage est plus présente que jamais en cette période de l’année. Beaucoup vont courir chez leur libraire et ceux, encore plus nombreux, qui n’ont plus de jambes, se ruent sur internet pour trouver un remède à ces après-midi si pleins de soleil que nous vivons. Nous vous proposons ici un élixir efficace contre l’ennui de la plage, un roman de l’été que l’on avait oublié depuis longtemps. Nous parlons en effet du livre Zanoni de l’Anglais Edward Bulwer-Lytton, paru en 1842. L’œuvre la plus populaire de cet auteur reste Dernier jour à Pompéi, mais c’est bien Zanoni qui a retenu notre attention.

Nous plongeant dans l’Europe révolutionnaire de la fin du XVIIIème siècle, Bulwer-Lytton nous conte l’histoire de Viola, une jeune cantatrice italienne convoitée par les seigneurs de Naples. Zanoni, un mystérieux étranger, la séduit pour la faire pénétrer dans son univers fantastique, celui de la quête de l’immortalité. Raconté comme ça, on se dit qu’on ferait mieux de télécharger l’intégrale de Buffy contre les vampires ou de Twilight, mais ce serait une grave erreur. Bulwer-Lytton est un maître, un peintre dont chaque personnage qu’il décrit est le portrait d’un aspect de l’Humanité. Lire Zanoni, c’est se confronter à son propre destin en contemplant la fresque de l’existence, illuminée par les plus hautes aspirations, mais torturée par les sombres des instincts et des appétits trop humains. Avant que les vampires d’Hollywood n’aient pris le leadership de l’immortalité, sa recherche était le fait des confréries spirituelles qui exploraient les mystères de la nature. Platoniciens, Pythagoriciens, et plus récemment les Rose-Croix, sont à compter parmi ces fraternités animées par la quête de Dieu à travers l’initiation qui fait du corps humain le temple de l’Éternel. Dans un roman d’une rare beauté, Bulwer-Lytton nous emporte gracieusement sur les hauteurs de l’alchimie et de l’ésotérisme. Avec génie, il transmet le noble désir de l’âme de percer à jour les mystères de la Vie. Le titre exact de l’ouvrage est Zanoni, le maître Rose-Croix. Il est évident qu’aujourd’hui un titre pareil peut soit accrocher, soit repousser, et ce en raison des mêmes préjugés à l’égard de cette fraternité sur laquelle on a beaucoup dit et écrit sans en savoir grand-chose. On s’étonne de trouver cette œuvre dans les éditions des francs-maçons bienpensants alors que Bulwer-Lytton, que l’on surnommait à l’époque « le Dandy radical », dépeint dans Zanoni une Révolution française très réaliste, toute de sang et de terreur, bien loin de l’idéal lumineux de la République. L’autre étonnement à la lecture de l’ouvrage est que nous n’en connaissons pas d’adaptation cinématographique. Comme chacun sait, le cinéma a vraiment débuté avec le Dracula de Bram Stoker. Créé quelques années après Zanoni, Dracula est cette ignoble caricature du prince roumain Vlad Tepes (encore considéré comme un héros dans son pays) qui survit à travers les siècles en suçant le sang des humains qu’il rencontre. Bien loin des parasites de l’hémoglobine craignant la croix du Christ et la lumière du soleil, Zanoni pousse l’idéal de l’immortalité pour en dégager une véritable leçon de vie que le lecteur découvre peu à peu. Le monstre Dracula a comme été promu par le cinéma pour éclipser la force de Zanoni, dont la racine chaldéenne « Zan » signifie Soleil, nous dit l’auteur. Bulwer-Lytton introduit donc son roman en exposant son désir personnel de connaitre les Rose-Croix, et nous invite à considérer que son ouvrage est, en fait, la retranscription d’un véritable écrit de cette fraternité. Plutôt que d’enseigner par un froid documentaire descriptif, il compose un mythe dont les images et le message transcendent les époques. Si l’auteur a véritablement voulu informer le plus largement possible sur la nature d’une confrérie spirituelle comme celle de la Rose-Croix, il ne pouvait faire mieux qu’en habillant son message de la sorte. Avec ses personnages immortels, il met en scène notre propre nature spirituelle, l’Âme cheminant à travers le temps et les civilisations, cherchant dans la nuit du monde la lumière de l’Éternité.

Helena Blavatsky, fondatrice de la société théosophique, inspirée par la fraternité de la Rose-Croix pour son œuvre Isis dévoilée, reconnaissait dans Bulwer-Lytton « un très haut initié ». Elle le cite abondamment en déplorant qu’il n’avait sans doute pu révéler qu’une infime partie de ses connaissances.

Mais cela sera sans doute suffisant pour commencer la quête de l’immortalité… sur la plage…

 

Maxime BILLAUD

 

Zanoni, le maître rose-croix

Aux éditions :

Aryana, La table d’émeraude, Camion noir.

 

Vous voulez nous soutenir ? Des dons mensuels de toutes petites sommes peuvent nous aider grandement ! C’est ici :