La lutte contre les sectes : une arnaque politique

« Le mensonge est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures. »

Denis ROBERT

 

 

Le récent remaniement de la Miviludes qui perd des effectifs et des moyens – ce qui ne peut que nous réjouir et survient peu de temps après le courrier que nous avions envoyé – a déclenché une vague d’indignation dans le monde médiatique et bien-pensant (pléonasme) : « C’est affreux, les sectes vont gagner en liberté et en pouvoir ! »

Les médias servent ainsi de « pense-bête » au pouvoir politique : « N’oubliez pas de rester vigilants, surtout qu’en ce moment, avec la « crise » que nous traversons, les groupes dissidents pourraient proliférer et menacer votre plein pouvoir ».

Cet événement nous a donné envie de rappeler quelques informations élémentaires sur ce que le Système appelle les « sectes », c’est-à-dire n’importe quelle minorité spirituelle ou thérapeutique. Le fondateur de notre groupe, Joël Labruyère, connaît bien le sujet puisqu’il a défendu ces minorités dans les années 90 et a écrit sur le sujet un livre intitulé L’État Inquisiteur (paru en 1999). Cet ouvrage est on ne peut plus complet et pertinent à propos de l’inquisition déclenchée contre le « spirituellement incorrect ». Loin d’être un document d’archive, il est plus actuel que jamais car les mécanismes crypto-totalitaires qu’il décrit fonctionnent toujours !

En voici quelques extraits, qui peuvent suffire à se faire une idée déjà synthétique de la question :

« La diabolisation des sectes consiste à projeter le scénario de la manipulation mentale indistinctement sur des groupes extrêmement divers. Des idées, des techniques, des programmes, des comportements radicalement différents les uns des autres vont être amalgamés. Que ce soit un groupe chrétien ou ufologique, un mouvement oriental ou une technique de développement personnel à l’américaine, on utilise toujours la même panoplie de notions simplistes. (…) Les principaux personnages et situations du scénario sectaire sont les suivants : le GOUROU pervers et psychopathe, l’ADEPTE manipulé et le GROUPE totalitaire ; le sexe comme outil de perversion, l’argent comme but suprême, le pouvoir pour imposer ses buts, la manipulation pour séduire, l’enfermement pour contraindre, l’endoctrinement pour dépersonnaliser et enfin le suicide collectif comme conséquence. D’après la propagande antisecte, aucun mouvement spirituel n’échapperait à ces dérives. (…)

La réalité du phénomène sectaire ne réside pas dans les faits mais dans l’imaginaire. Ce qui frappe, c’est la distance phénoménale existant entre la réalité objective du problème et l’intensité des passions qu’il soulève. En France, tous les observateurs sérieux et indépendants sont d’accord au moins sur un point : la réalité quantitative des « sectes » est anecdotique et leur dangerosité potentielle très faible par rapport à l’urgence d’autres problèmes sociaux ou sanitaires. (…) »

« Tous les spécialistes sont unanimes : la France est le pays développé où la chasse aux sectes est la plus virulente. Aucun autre pays moderne n’a osé dresser une liste noire des groupes hérétiques, aucun n’a créé un organisme d’État chargé de la chasse aux malpensants. (…)

Si le mythe sectaire résonne aussi fortement dans l’inconscient français, c’est que la France moderne fonctionne selon un modèle sectaire : sous le dogme officiel des droits de l’homme, se cachent les pratiques répressives et régressives qui infantilisent le citoyen et limitent insidieusement la liberté de conscience. Les adeptes-citoyens connaissent très bien les vrais gourous qui leur lavent le cerveau : une noblesse d’État et une cléricature technocratique qui confisquent le pouvoir à travers une multitude de réseaux d’influence. »

« La République – jacobine et centralisée – est une forme de religion civile qui a remplacé l’Église. Le clergé laïc pratique le monothéisme à sa manière en adorant la déesse Raison, hors de laquelle il n’existe point de salut. De même que la gnose représentait l’hérésie suprême pour l’Église de Rome, aujourd’hui, sous prétexte de laïcité, la République combat la nouvelle hérésie de l’irrationnel. Ce faisant, elle rejette dans les limbes de l’irrationnel tout ce que son étroitesse d’esprit ne peut intégrer. Le schéma est simple : « l’irrationnel » est assimilé à la manipulation mentale qui mène au système totalitaire et à la dérive criminelle. En fait, derrière l’irrationnel, on range tout ce qui ne se réduit pas à la raison. On entretient la confusion entre superstition et spiritualité. Pour le Front Rationnel, les explorateurs des mondes invisibles doivent demeurer dans leur ghetto. Toutes les connaissances qui ne proviennent pas de la science occidentale des deux derniers siècles sont considérées comme absurdes. On appelle « paranormal » tout phénomène que le scientisme ne parvient pas à expliquer et « parascience » tout ce qui remet en question le rationalisme. En France, l’univers est unidimensionnel. Et si une armada d’ovnis est repérée au-dessus de la Belgique, ces intrus ne sont pas autorisés à passer la frontière française. Ni les nuages radioactifs, ni les réseaux de pédophiles ne passent les frontières du royaume de la désinformation. (…)

Pour le scientisme dominant, l’esprit transcendant et l’imagination créatrice sont des obstacles à l’exercice de la rationalité. Ce qui explique pourquoi les tenants du matérialisme ont toujours persécuté les minorités spirituelles. Pour freiner le développement de pratiques et d’idées qui apparaissent folles aux membres du Front Rationnel, il faut donc les diaboliser. Comme on ne peut pas mettre tous les curieux et les intuitifs en prison, il faut trouver un moyen d’éviter une contamination de la population. Le mythe sectaire permet de stigmatiser toute pensée qui s’écarte de l’orthodoxie scientiste. Toute idée originale sera qualifiée de sectaire. À partir du moment où les « sectes » sont déclarées dangereuses, leurs idées sont jugées fausses et leurs centres d’intérêt débiles. »

« L’ancienne chasse aux sorcières s’est relookée en chasse aux sectes. (…) À l’heure de la communication de masse, les victimes expiatoires ne se font plus dévorer par les lions : elles sont offertes en pâture à l’opinion publique dans l’arène médiatique.

Tous les spécialistes qui ont sérieusement étudié les nouveaux mouvements religieux, en allant sur le terrain, savent et disent que le lobby anti-secte mène en fait un combat idéologique contre un mouvement planétaire multiforme qui exprime un retour aux sources de l’intuition et de l’esprit en donnant un sens sacré à l’existence. Les groupes spirituels sont un des éléments de cette véritable lame de fond qui prend en compte l’homme dans sa totalité – corps, âme et esprit – en refusant cette arrogance technocratique qui le transforme en mécanique. »

Le livre poursuit ensuite en donnant de multiples exemples et citations de ces spécialistes – professeurs, sociologues et autres – qui ont dénoncé ce vent d’inquisition anti-secte. Parmi ceux-ci, on pourrait citer l’écrivain Louis Pauwels, qui écrivait en 1996 dans Le Figaro un article intitulé « Sectes : l’esprit d’inquisition » et réalisé avec la collaboration de Joël Labruyère :

« J’ai sous les yeux des travaux de quelques sociologues, universitaires, juristes, historiens français qui réagissent à la guerre générale entreprise depuis quelques années, sans discrimination, contre les groupes spirituels minoritaires, hâtivement qualifiés de sectes et, comme tels, diabolisés aux yeux de l’opinion… Depuis 1975 se sont instaurées des associations anti-sectes qui accusent globalement leurs adversaires de déstructurer les individus et de menacer les familles. La plus virulente d’entre elles est l’ADFI (Association pour la défense de la famille et de l’individu). Elle catalyse sinon promeut les attaques contre les groupes spirituels non-conformes. J’apprends qu’elle s’inspire d’un courant de psychiatrie américaine visant à la normalisation de la société par la destruction des nouvelles religions… Cette guerre contre les sectes réveille l’esprit d’inquisition et s’apparente dans bien des cas au procès en sorcellerie où la rumeur tenait lieu de preuve. Il suffit désormais d’accuser un groupe marginal de captation de personnalité et manipulation mentale pour qu’il se trouve rangé au nombre des sectes et, par là même, mobilise contre lui l’opinion générale. Cette nouvelle chasse aux sorcières bénéficie des subsides de l’État et, sauf exception, du soutien sans réflexion des médias.

La liberté de croire, de se réunir et de tenter de convaincre autrui fait partie des droits fondamentaux. Il est étrange de constater que la guerre ainsi entreprise contre les minorités spirituelles contredit la Convention européenne des droits de l’homme. Celle-ci précise que « considérer qu’un groupe minoritaire sera automatiquement marginalisé d’un point de vue social, méconnaît le principe même d’une société démocratique pluraliste ». … J’ai bien conscience que le présent article risque d’être interprété comme une défense inconditionnelle des minorités spirituelles et donc un parti pris en faveur des sectes. J’ai aussi conscience qu’il risque de nuire à ma réputation, les choses étant ce qu’elles sont. C’est un risque que j’accepte s’il s’agit du prix à payer quand on tient l’indépendance de l’esprit pour le suprême bien. »

Bien entendu, cette position n’était pas partagée par beaucoup de monde, les « sectes » dérangeant de nombreuses couches de la population et ce pour des raisons fort différentes :

« Loin d’être uniforme, le lobby anti-secte est une sorte de millefeuille constitué de groupes de pression aux motivations et aux idéologies diversifiées, parfois contradictoires, mais qui ont tous le même intérêt à combattre l’émergence des minorités spirituelles.

– Le réseau athée pour lequel la lutte contre les sectes s’inscrit dans un combat antireligieux déguisé en discours laïque.

– Le réseau catholique cherche à maintenir ce qui lui reste de pouvoir symbolique et culturel.

– Le réseau intellectuel considère l’engagement spirituel d’une manière condescendante, comme le retour à une pensée magique qui mène à une perte du sens critique et conduit au fanatisme.

– Le réseau des psychologues freudiens dont les pratiques sont fondées sur une conception athée et réductrice de la psyché. 

– Le réseau affairiste, lié à certains milieux politiques, agite régulièrement l’épouvantail sectaire pour mieux cacher ses propres turpitudes.

– Le réseau militaro-policier estime que les minorités spirituelles représentent un danger de subversion contre l’ordre établi et une source d’infiltration pour certains services étrangers.

– Le réseau psychiatrique soutenu par l’industrie pharmaceutique.

– Le réseau des associations familiales considère que ces « familles d’esprit » que sont les minorités spirituelles représentent un danger susceptible de mettre à mal la cohésion familiale.

– Le réseau politique se fait l’écho d’une opinion publique désinformée. La stigmatisation d’un bouc émissaire est une stratégie électoraliste.

– Le réseau antifasciste assimile toute minorité spirituelle à un groupe totalitaire.

– Le réseau des défenseurs des droits de l’homme lutte contre le danger réel ou supposé que certains groupes feraient courir à l’intégrité de la personne.

– Le réseau médiatique voit dans le phénomène sectaire un sujet facilement exploitable sous l’angle du scandale et du sensationnel.

C’est ainsi que des courants fort variés, parfois adversaires, peuvent ainsi se coaliser contre le fantasme des sectes. Militants athées et catholiques, anarchistes et militaires, intellectuels et affairistes se retrouvent ainsi solidaires sur le dos du même adversaire. Un intéressant travail de sociologue consisterait à analyser précisément l’idéologie et les intérêts qui sous-tendent chacun de ces réseaux dans leur combat contre les nouveaux mouvements religieux. La conjonction de ces réseaux est à l’origine d’un lobby puissant qui a la possibilité d’infiltrer les rouages de l’État et de l’administration en imposant une vérité officielle : la pensée unique. »

Cette machinerie a d’autant plus d’importance que la Justice est loin d’être impartiale et indépendante :

« Le garde des Sceaux ordonne et la « justice » suit d’autant mieux que la promotion des magistrats dépend de leur docilité. (…)

Selon Thierry PFISTER : « La magistrature ne connaît que deux maîtres : les médias qui créent les réputations et les gouvernants qui assurent les promotions… Pouvons-nous faire confiance à la Justice de notre pays ? La confiance se mérite. La Justice a couvert les errements de tous les exécutifs et elle le sait… Le corps des magistrats ne peut que se cramponner à l’histoire officielle sous peine de voir arracher la robe sous laquelle il cache son concubinage constant avec le pouvoir en place… Les procureurs, surtout dans les grands dossiers, savent qui tient leur plume. Pour Maurice PAPON, ils en vinrent à se contredire, de manière déshonorante pour la Justice, d’une rédaction de réquisition à l’autre, à force de tenter de suivre, au fil des ans, les changements de pied du pouvoir politique. »

Ainsi, le piège se referme. Même s’il se rebelle parfois, le judiciaire obéit au pouvoir politique qui assure sa promotion. Le politique suit le diktat de l’opinion publique, comme le troupeau son berger. Les médias façonnent l’opinion publique en flattant, d’une manière médiagogique, ses plus bas instincts. C’est ainsi qu’un groupe de pression peut, en surfant sur la peur, l’ignorance et les préjugés, utiliser l’arme médiatique pour mener une campagne de désinformation qui, par effet de ricochet, entraîne le pouvoir politique et juridique.

Une fois des personnes condamnées, quoi de plus facile que de crier au péril sectaire. Il n’y a pas de fumée sans feu, disent ceux qui allument les bûchers. »

Mais la propagande antisecte, et les différentes actions qu’elle peut susciter, serait bien peu de choses si elle était dépourvue de ce qui lui donne la quasi-totalité de son crédit : le « témoignage de l’ex-adepte ». Or, il est assez facile à démontrer que ce n’est là encore qu’une méthode de propagande :

« L’inquisition d’hier comme les régimes totalitaires et les divers maccartysmes ont toujours utilisé les repentis comme faux témoins accusateurs. Les repentis, qui existent dans toutes les organisations humaines, sont chargés de formuler les pires accusations contre ceux que l’on veut discréditer. Dans les religions, le repenti s’appelle l’apostat. L’apostat est quelqu’un qui, en reniant sa confession ou le groupe auquel il a adhéré, devient un opposant.

Toute la problématique sectaire étalée dans les médias est issue des témoignages d’apostats que les inquisiteurs présentent comme les « victimes de sectes ». Comme les militants anti-sectes ont pour principe de ne pas rencontrer les membres des minorités spirituelles, le regard qu’ils portent sur les groupes ne repose que sur celui des apostats bien souvent aveuglés par le dépit. Imaginez le tableau si, pour rendre compte de l’Église catholique, on ne faisait témoigner que les apostats, les prêtres défroqués, les moines et les religieuses qui ont rompu leurs vœux… C’est comme si, pour rendre compte de n’importe quel groupe humain, on ne retenait que le discours de ses détracteurs. La logique médiatique est de montrer ce que souhaite voir le public. C’est ainsi que les médias légitiment un seul « son de cloche », celui des détracteurs, en occultant plus ou moins sciemment celui des spécialistes ou des milliers de membres épanouis. Celui qui quitte un groupe minoritaire pour retrouver le champ social majoritaire doit des explications à la société. Il lui faut dénoncer son ancien groupe pour lui montrer qu’il est revenu au sein du giron maternel. Cette situation ressemble assez à celle du mari qui revient dans son foyer après une escapade, et qui rejette toute la responsabilité de cette aventure sur sa maîtresse. Il dira à sa femme en larmoyant que sa maîtresse a utilisé tous les moyens pour le séduire et le retenir. Ainsi en est-il de l’apostat, qui caricature les faits pour présenter une communauté spirituelle totalement tournée vers le divin comme une féroce machine à manipuler. Selon notre expérience, comme d’après de très nombreuses études faites sur le phénomène de l’apostasie et publiées par des psychologues et des sociologues des religions, il faut se méfier de ces repentirs publics derrière lesquels se cachent le plus souvent des stratégies psychologiques et parfois financières. Le sociologue Bryan WILSON explique le comportement d’auto-justification de l’apostat :

« L’apostat a généralement besoin de se justifier lui-même. Il n’est donc pas rare qu’il apprenne à se forger une histoire atroce afin d’exprimer comment, par la manipulation mentale, la tromperie, la coercition, ou des supercheries, on l’a amené à intégrer, ou on l’a empêché de quitter, une organisation qu’il désavoue et condamne aujourd’hui. »

Les apostats représentent une infime minorité des membres des associations spirituelles, mais il suffit d’un seul mécontent sur une population de milliers de personnes pour que sa parole compte davantage que celle de tous les autres. Le sociologue Massimo INTROVIGNE a réalisé une étude quantitative qui révèle qu’une infime minorité des ex-membres d’un groupe spirituel deviennent des détracteurs. Et ils ne le deviennent qu’après être passés entre les mains d’une association anti-secte.

Ce que ces personnes reprochent aux mouvements qu’elles ont quittés est tout à fait disproportionné par rapport aux faits réels. Pire encore, lorsqu’on analyse la trajectoire de ces personnes en visitant les groupes où elles sont supposées avoir enduré des sévices psychologiques, on s’aperçoit qu’elles ont des choses à se reprocher. Quelque fois, cependant, le témoignage de détracteurs permet de mettre à jour des dérives. Si nécessité il y a, c’est le rôle de la Justice d’instruire ce type d’affaires mais en aucun cas celui de milices privées anti-sectes [et encore moins celui des médias, ndlr]. (…)

Condamnés au silence, les membres des minorités spirituelles regardent avec effarement ces émissions où l’on traîne un apostat pleurnicheur devant les caméras. Ce détracteur va décrire comme des sévices ce qu’il a pratiqué dans le cadre d’un développement spirituel librement consenti. Il va se plaindre d’avoir été escroqué parce qu’il a travaillé de manière bénévole comme le font les membres de toute association. Son passé sera réinterprété en défaveur du groupe à partir du scénario fourni par les anti-sectes.

La diabolisation de l’autre est issue d’un processus inconscient que les psys nomment transfert négatif. On retrouve ce phénomène dans toute relation intense, dans le processus thérapeutique mais aussi dans le vie de couple. Un jour, on rencontre quelqu’un et c’est le coup de foudre qui permet de vivre des instants d’une intensité magique. On se met à vivre ensemble et, après quelque temps, des problèmes arrivent. On parvient à les résoudre ou bien on aboutit à une séparation. Dans certains cas, on va complètement diaboliser la personne avec laquelle on a pu vivre une merveilleuse complicité et qui deviendra une sorte de monstre. Le rapport avec un groupe conduit aux mêmes excès. On va d’abord idéaliser le groupe et s’identifier au leader en le portant au pinacle. Au bout d’un moment, alors qu’on descend dans des couches plus profondes de sa personnalité, on peut ressentir une insatisfaction personnelle qui se mue quelque fois en rébellion contre l’autorité. Cette phase de rébellion contre le guide est bien connue de tous les cheminements initiatiques. Elle est généralement interprétée comme le signe d’une résistance de l’ego et de l’animalité face à une discipline et à une maîtrise issue des plans supérieurs. Soit on dépasse cette phase de rébellion, comme le fait l’adolescent pour devenir adulte, soit on s’y installe et on s’enferme dans une forme d’infantilisme. C’est ainsi qu’on noircit ceux qui vous ont montré une voie que nous n’êtes pas en mesure de suivre. Les inquisiteurs modernes donnent ensuite les éléments d’interprétations qui permettront de théoriser cet échec. »

Et pour finir sur des lignes que les bien-pensants moralisateurs feraient bien de lire :

« Dans leurs livres, leurs journaux et sur leurs écrans, les porte-paroles de l’intelligence humaine, professeurs et leaders d’opinion pérorent sur l’intolérance, le racisme, le sexisme, le fascisme, le droit à la différence… Toutes ces bonnes consciences et ces bonnes volontés commémorent à coup de numéros spéciaux l’abolition de l’Édit de Nantes, la parution du J’accuse de ZOLA ou la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le bruit de ces commémorations rend inaudibles les nouvelles formes d’intolérance qui se manifestent aujourd’hui. L’esprit d’inquisition prend toujours de nouveaux masques pour tromper la vigilance du bon sens : il change de cible, de discours, de technique, mais le ventre est toujours fécond d’où surgit la bête immonde. Ces messieurs encensent VOLTAIRE, le combattant des libertés, mais qui, parmi eux, lutte aujourd’hui avec le même courage contre le fanatisme du clergé laïque ? Quand les sociologues des religions ont dénoncé le lobby anti-secte, qui a relayé leur colère ? Les modèles des intellectuels sont RIMBAUD, BAUDELAIRE, MALLARMÉ, les Surréalistes – ces poètes voyants épris d’ésotérisme et de magie. Mais les maîtres penseurs d’aujourd’hui s’inquiètent dès lors que les modernes héritiers de ces poètes parlent le langage de l’invisible.

La seule vue d’un symbole ésotérique met en fureur les obsédés du complot fasciste. Pour eux, tout ce qui parle d’élévation spirituelle relèverait de l’élitisme de la race supérieure. Tout amateur d’ésotérisme devient un nazi en puissance. Du fait que certains mouvements plongent leurs racines dans des traditions préchrétiennes, tous les groupes qui se réfèrent à d’anciennes mythologies seraient des repères de l’extrême-droite.

La répression contre la liberté de conscience ne touche pas encore directement la communauté intellectuelle mais elle suscite un climat de lynchage qui risque de se retourner contre elle un jour, pas si lointain. La chasse aux sectes est un symptôme : aujourd’hui, l’horreur est économique mais demain, si nous n’y prenons pas garde, l’exclusion sera idéologique et spirituelle.

Aujourd’hui, les groupes de presse, les médias audiovisuels et l’édition sont aux mains de quelques financiers et technocrates qui influencent l’opinion en fonction de leurs intérêts. Et cet intérêt est celui d’une normalisation des comportements au service d’une mondialisation de la société marchande. Bâillonner l’expression des différences est donc un des objectifs de ceux qui tiennent les leviers de commande. La lutte contre les minorités spirituelles n’est qu’une expérience de laboratoire faite sur une catégorie de la population. Demain, des pans entiers de nos libertés démocratiques peuvent être remis en question à travers la mécanique infernale d’une désinformation que personne ne pourra plus arrêter. C’est aujourd’hui qu’il faut réagir. Demain, il sera trop tard. »

Joël Labruyère a écrit ces lignes, il y a plus de vingt ans. Ont-elles perdu une once de leur actualité ?

 

Sur le même thème : Voir l’entretien filmé avec Joël Labruyère « Sectes et chasseurs de sectes » :

 

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