Présentation de Le passeur de miroir d’Henri d’Orléans

 

Dans les livres inconnus qui méritent pourtant d’être redécouverts, Le passeur de miroir est à se procurer pour votre bibliothèque. Paru en l’an 2000, comme pour l’ouverture du troisième millénaire, cet ouvrage est un roman, ou plutôt un conte initiatique qui a la singularité d’avoir été composé par Henri d’Orléans, comte de Paris, duc de France… Bref… Un prince qui aurait pu être un roi pour les Français.

Loin de l’analyse socio-politique, l’auteur pose lui-même cette question : « Pourquoi ce choix (d’un conte philosophique) alors que beaucoup attendent du nouveau comte de Paris un discourt lisse, politiquement correct ? Parce que notre époque semble vouloir étouffer la liberté sous un jargon aseptisé, et je ne puis m’y résoudre. » Ça c’est beau ! Henri d’Orléans constate ainsi « qu’à notre époque dite « moderne », il semble bien que l’être humain ait perdu l’une de ses composantes essentielles : l’âme. » Mais le plus beau, c’est qu’au lieu de se plaindre à la française, le prince ose avec le panache digne de son rang manifester le pouvoir de sa propre âme : celui de créer pour transmettre l’Esprit. Nous ne sommes pas des spécialistes en matière d’écrits princiers et royaux actuels, mais ce livre semble tout à fait unique en son genre. Nous n’avons pas connaissance que le prince Charles ou encore Albert du Rocher en aient fait autant…Non…

Dans la forme, l’histoire s’articule autour du jeune prince Yguel qui, à travers ses voyages et ses rencontres apprend à devenir ce qu’il est vraiment : un roi. Selon la table des matières, Yguel découvrira la Loi, le Droit, l’Art et sera ainsi conduit sur le chemin de sa Destinée. Au cours de son périple, il sera initié par de nombreux héros et personnages mythiques, comme le roi celte Cuchulaïn, le merveilleux oiseau Simorgh cher aux soufis ou encore le prince Arjuna de la Bhagavad Gîtâ. On voyage également dans bien des contrées merveilleuses mais parfois très familières. Après une brillante introduction, Henri d’Orléans nous plonge dans son univers magique qu’il commente ainsi : « J’ai donc tenté d’explorer les sources des nombreuses et diverses civilisations qui nous ont précédés. Bien vite, j’ai cru apercevoir des concordances et des similitudes dans l’approche symbolique de la construction de notre monde. Il m’a alors semblé que pouvait se dégager, au long des siècles, une sorte de gnose capétienne qui se réfère au sacré et qui se situe dans la continuité dynamique de certains membres de ma famille. »

L’aspect magique de ce conte, c’est bel et bien cette atmosphère et ces personnages immortels, intemporels, dans lesquels l’âme de chacun peut retrouver son propre chemin. Je ne cacherai pas que le texte reste parfois difficile par une surcharge d’éléments symboliques. Cependant, il semble que ce fût la volonté de l’auteur de transmettre à nouveau la valeur des symboles comme il l’explique lui-même : « Symbole vient du grec sun-bolein : « ce qui unit et ce qui rassemble » Son contraire, l’autre face de la médaille, est dia-bolein : « ce qui désunit et ce qui disperse. » le Diable… » Il n’est pas inutile d’avoir un dictionnaire des noms propres pour replacer des personnages empruntés à des cultures parfois très exotiques.

Mais derrière le conte, les mythes et les symboles, le prince est en guerre contre un monde, une société sans repères qu’il a longtemps observée et qu’il ne connaît que trop bien. C’est comme s’il reprenait à l’envers (ou à l’endroit) le travail de Voltaire, qui écrivait également des contes philosophiques pour contester la monarchie française de son temps en échappant à la censure. L’auteur dresse ainsi un tableau très critique de la civilisation industrielle et des lobbys qui la maintiennent, que l’on reconnaît sans peine lorsqu’on lit entre les lignes. Henri d’Orléans pousse très loin sa critique puisqu’elle s’étend des domaines matériel, écologique, sociologique jusqu’à l’art et la spiritualité. C’est un exemple rare de ce que Julius Evola appelait « la contestation totale » et que permet plus facilement la forme romancée. En ce sens, prince Yguel sera donc conduit devant le tribunal de la nature pour découvrir et finalement assumer le mal engendré par les hommes sur tous les règnes. En usant correctement de la conscience royale qu’il acquiert au fil de son aventure, Yguel trouvera peut-être le moyen de guérir la terre et le peuple sur lesquels il est destiné à régner.

Il est clair qu’en tant qu’aristocrate privé de son pouvoir de changer la société, l’auteur d’un tel livre est animé d’une profonde « révolte contre le monde moderne », pour reprendre encore une formule d’Evola. Mais une fois de plus, le génie d’Henri d’Orléans est d’avoir su transmuter sa souffrance, sa colère et sa volonté de transmettre dans une œuvre poétique originale et intemporelle qui surpasse par-là tout discours politique classique. Prétendant au trône de France, ce qu’il écrit sur l’unité résonne profondément dans nos cœurs et nos esprits : « La véritable unité se fait par le haut. Tandis que la caricature de l’unité, c’est-à-dire l’uniformité, égalise par le bas. L’unité ne peut être que d’essence spirituelle car elle n’est ni physique ni formelle. L’uniformité ne se conçoit que matérielle et suppose l’évacuation de toute sacralité. Pluralité et unité vont donc de pair, car il y a distinction entre ce qui unit, l’absolu, et ce qui différencie, la matière de notre monde… La cité de la femme sans tête (la république) s’était détournée de toute spiritualité. De ce fait, votre défunte cité n’a jamais trouvé son unité. Pire, elle s’appauvrissait toujours plus, car elle n’était plus fécondée par l’esprit. Elle passait bien vite de l’uniformisation au chaos, puisque aucun principe ne la guidait plus. »

Le passeur de miroir n’est en rien un hommage au passé, ni une revendication de l’ancien régime comme cela est souligné: « Il n’est pas question de revenir en arrière, de recréer un monde ancien et figé. Mais nous devons prendre conscience de la nécessité et de l’urgence d’un véritable engagement pour la construction de l’avenir. Il est temps de mettre en place une écologie « divine » qui épouse l’ordre de la nature ». Qui est inspiré pour transmettre un tel message aujourd’hui ? Y-a-t-il programme éducatif et social plus enthousiasmant que la mise en place d’une telle « écologie divine » qui replace l’homme dans sa responsabilité totale de prince de ce « royaume terrestre » ? En inscrivant la réalité actuelle dans le langage des symboles, Henri d’Orléans nous livre un message sacré, c’est-à-dire intemporel, qui traite du sens ultime de la vie pour chaque homme : « Ne l’oublions pas : les contes initiatiques ne cesse de nous montrer la voie pour que la vie devienne une symphonie. Pour que l’humanité accède à la royauté de l’homme. » Il fallait un prince de France sous occupation républicaine pour faire retentir à nouveau un tel appel à l’Art Royal, et restaurer ainsi sa fonction noble et magique de souverain du peuple.

C’est à la lecture de l’ouvrage Le passeur de miroir, en 2018, que Joël Labruyère a composé pour Les Brigandes une magnifique chanson dont le titre parle de lui-même : Vive le roy ! dont voici le lien :

https://communaute-rose-epee.fr/2018/09/13/les-brigandes-vive-le-roy/

 

Bonne écoute et bonne lecture.

 

Pas pour nous, mais pour le Roi et la Reine qui sont en nous !

 

Maxime Billaud

 

Le passeur de miroir, Presses du châtelet

 

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