LA COSMOGONIE DES ROSE-CROIX, DE MAX HEINDEL

 

Avertissement : Lorsque nous mentionnons la Rose-Croix, nous voulons parler d’un certain courant de la Connaissance sacrée qui agit principalement sous ce nom, en Europe chrétienne.

 

Qu’est-ce que la Fraternité de la Rose-Croix ?

La confrérie qui porte ce nom serait née en Allemagne au XIIIe siècle, lorsqu’une personnalité portant le nom mythique de Christian Rosenkreuz (Rose-Croix) aurait été initiée par les douze représentants de la sagesse humaine des époques antérieures. Christian Rose-Croix serait ainsi l’individualité exprimant la synthèse de ces douze forces, capable de produire la forme de connaissance nouvelle adaptée à notre période. La légende rapporte que, suite à son initiation, Christian Rose-Croix n’a cessé d’enseigner et de guider les rose-croix. Son enseignement a été confié à une confrérie peu nombreuse obéissant à des règles très strictes qui l’isolait du monde extérieur et ce jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. C’est le temps des alchimistes qui travaillaient dans la clandestinité pour se protéger des foudres de l’Inquisition catholique. La personnalité de Christian Rose-Croix est un mystère dans le sens où il serait un « immortel », incarné dans un « même corps » durant des siècles. L’étude de la littérature rosicrucienne lève le voile de ce mystère pour qui se donne la peine de chercher.

Au XVIIe siècle, la publication des « manifestes rose-croix », en Allemagne, sous la plume de Jean Valentin Andreæ et d’autres frères de l’ordre, constitue un phénomène visible de la confrérie dans l’histoire officielle. Adressés aux Princes et aux savants de l’époque, les trois manifestes présentent des informations capitales pour orienter et préparer positivement la société à l’entrée dans l’ère du Verseau. La Révolution française et la révolution industrielle qui ont suivi, sont les conséquences apparemment négatives de l’entrée progressive de l’humanité dans la nouvelle époque. Personne ne peut nier que depuis deux siècles un changement total de civilisation s’opère sous nos yeux, et que cela dépasse le simple fait des découvertes scientifiques « si soudaines » du monde moderne.

Au XIXe siècle, avec l’avènement de l’industrie et la démocratisation du savoir, la confrérie des Rose-Croix travaille à rendre publique une partie de ses connaissances ésotériques, c’est-à-dire réservées auparavant à un cercle restreint d’initiés. En vue de parer à la montée du matérialisme qui est un danger, autant pour l’âme humaine que pour le cosmos tout entier, comme nous le constatons un siècle et demi plus tard, les instructeurs Helena Blavatsky, Rudolf Steiner, Max Heindel et Jan Van Rijckenborgh ont élaboré progressivement, de 1875 à 1968, une science et une vision spirituelle du monde capables d’orienter les hommes de notre temps sur la voie à suivre pour être, au sens noble, humains. Si les écrits et les entreprises de ces quatre instructeurs peuvent paraître parfois en contradiction, c’est parce que la Rose-Croix travaille dans tous les domaines de l’existence et à tous les degrés d’évolution de l’humanité. Les quatre ne s’adressent pas aux mêmes personnes au même moment.

Il existe des sociétés qui usurpent le nom de « Rose-Croix », comme l’A.M.O.R.C. (Ancient and Mystical Ordo Rosae Crucis) qui est une caricature dont les jésuites sont probablement les inspirateurs, eux qui ont pratiquement été créés pour lutter contre l’influence de Christian Rose-Croix. C’est pour cela que depuis des siècles, la Compagnie de Jésus occupe les terrains de la science et de l’éducation que les rosicruciens ont pour mission de développer dans un autre sens que celui du matérialisme destructeur. Ainsi, lorsqu’on se penche sur les buts et les pratiques de l’A.M.O.R.C., on réalise que cette organisation propose un développement volontaire des pouvoirs psychiques de l’homme. C’est la voie de l’occultisme naturel que l’on nomme aussi luciférien car il renforce la personnalité, l’ego comme on dit. Or, développer les pouvoirs psychiques à partir de sa volonté égocentrique est radicalement « antichrétien », c’est donner à César ce qui revient à Dieu. Cela fait de vous une personnalité remarquable, puissante dans ce monde, mais vous éloigne toujours plus du Royaume qui n’est justement pas « de ce monde ». Les restes dégénérés de la franc-maçonnerie spéculative – devenue rationaliste et matérialiste – qui œuvrent depuis la Révolution française à façonner la société pour former l’Ordre Mondial, sont à classer dans cette frange de l’occultisme luciférien.

À l’inverse, la Rose-Croix authentique est une voie chrétienne de retour au royaume originel par la reddition du moi, l’effacement de l’ego. Ce processus est basé sur la conscience que la personnalité n’est qu’une « construction » temporelle, et qu’ainsi en l’homme vivent deux êtres : la personnalité mortelle, et l’Autre, l’Esprit immortel qui attend sa délivrance. Celle-ci n’advient que lorsque l’âme, la force mystérieuse qui anime notre personnalité, suite aux expériences de l’existence, désire retrouver la patrie éternelle et le peuple originel de l’humanité. L’âme se tourne alors de nouveau vers l’Esprit pour entrer dans ce que l’on appelle les Noces alchimiques, la véritable histoire d’Amour qui nous attend. L’ego ne gagne pas de pouvoir mais, au contraire, se simplifie pour redevenir le serviteur, conscient de n’être qu’un porteur provisoire de l’âme et de l’Esprit. Il n’y a donc pas de développement des pouvoirs psychiques naturels mais un allègement, une libération de la camisole de l’égocentrisme par l’éveil de l’âme, un départ de la zone mortelle vers la zone éternelle de l’Univers. La parole du Christ « Mon royaume n’est pas de ce monde. » exprime ainsi parfaitement cette démarche qui exige la connaissance de la nature, du cosmos, de soi-même et le service concret à l’humanité.

La connaissance de ces deux dynamiques, l’occultisme naturel ou luciférien et la voie chrétienne du retour, est une clef importante pour qui cherche sincèrement à entrer en contact avec la vérité et la fraternité mythique des Rose-Croix.

 

Présentation de La Cosmogonie des Rose-Croix, de Max Heindel

Comme c’est l’automne et qu’il est encore temps de se procurer fournitures et manuels scolaires, nous pensons que La Cosmogonie des Rose-croix est une base d’étude primordiale pour qui a pris, cette année, la bonne résolution d’émanciper son esprit de la chape matérialiste qui nous enserre.

Rappelons d’abord que durant le XIXe siècle, la vision du monde « matérialiste » s’est élaborée progressivement suite au déclin du pouvoir répressif de l’Église sur la communauté scientifique, et surtout grâce à l’avènement de la société marchande. Cette dernière, à l’époque comme aujourd’hui, a toujours eu grand besoin du progrès scientifique pour accroître les « pouvoirs » sur lesquels elle repose : la production, les transports, la communication, la consommation et la surveillance. Ainsi, le mythe du progrès, l’évolution et la sélection des espèces, le Big-Bang, toute cette « cosmogonie », c’est-à-dire cette science ou histoire de l’homme et de l’ordre de l’univers, s’est perfectionnée sur les deux derniers siècles à grand coups de « découvertes scientifiques ». Or, c’est cette vision du monde qui nous a conduits gentiment et inexorablement du déclin des royaumes d’Europe jusqu’à la société mondiale des zombies masqués.

À l’origine, la démarche scientifique n’est pas plus matérialiste qu’une autre. C’est la démarche de qui veut découvrir la vérité sur un processus quel qu’il soit. Mais comme les artistes, les scientifiques ont besoin de mécènes et, comme partout, c’est celui qui paye qui décide en passant commande. Pour l’ordre marchand naissant, le mythe du progrès de l’humanité depuis la soupe primitive jusqu’à l’intelligence artificielle gérant la masse humaine était une nécessité du marché. « Le paradis » devait être ici-bas comme l’aboutissement de toute vie humaine par le travail et les loisirs qu’offre le pouvoir d’achat. La nouvelle caste des prêtres en blouse blanche est ainsi grassement financée pour fabriquer ce « paradis terrestre » par la technologie, en combattant l’ordre naturel comme nous le constatons chaque jour. La société moderne est basée sur l’alliance de la haute finance, des hommes politiques et de la caste scientifique.

Bon… Tout ça, on le sait. Ce que l’on sait moins, c’est que la vision du monde évolutionniste et matérialiste n’est pas la seule à se présenter comme scientifique. En effet, dès la deuxième moitié du XIXe siècle, afin de contrer le matérialisme grandissant de l’ère industrielle, un courant de pensée s’est manifesté pour présenter une autre vision du monde. La figure principale et mondialement célèbre de ce courant est, bien sûr, madame Helena Blavatsky, fondatrice de la Société Théosophique, en 1875, et dont les œuvres, Isis Dévoilée et La Doctrine Secrète, allaient donner les bases d’une véritable « science spirituelle ». Ce dernier terme a largement été développé par le professeur autrichien Rudolf Steiner, fondateur de l’Anthroposophie, et notoirement connu aujourd’hui pour la création de l’agriculture biodynamique et des écoles Waldorf. Cette science spirituelle ne se limite pas simplement à l’étude des corps matériels et des fluides et gaz chimiques qu’ils véhiculent, mais elle met en lumière les aspects « subtils et invisibles » du monde perceptible. La Cosmogonie des Rose-croix que nous présentons ici, publiée au début du XXe siècle, est ainsi le condensé le plus cohérent et le plus complet de cette science qui ait jamais été composé.

Rappelons, encore une fois, qu’à l’époque de l’auteur, Max Heindel, il y avait le « créationnisme » des églises : le monde a été créé par Dieu en une semaine et, le dimanche, il s’est reposé (ou le samedi selon certains) ; et il y avait les théories scientifiques naissantes combattant avec arrogance la vision trop simpliste des dogmes religieux. Se plaçant à l’écart de ces deux extrêmes, Max Heindel développe une vision scientifique et hiérarchisée du cosmos, l’ordre de l’univers que Dieu a engendré. La Rose-Croix se veut héritière des savoirs dits « ésotériques » qui auparavant étaient réservés à une élite d’initiés : alchimistes, cabalistes, hermétistes… Or, depuis le XIXe siècle, l’ordre social ayant été chamboulé tant politiquement que culturellement par l’éducation des masses, les portes de l’ésotérisme ont dû s’ouvrir également. C’est la Rose-Croix qui a assumé la charge délicate d’instruire le plus largement possible, en Occident, au sujet d’une vision spirituelle et scientifique du monde.

Dans un effort pédagogique remarquable, Max Heindel nous livre tout d’abord une « cosmogonie », une étude du monde naturel avec ses diverses dimensions ainsi qu’une « histoire » de la Terre et du système solaire. Ensuite, l’auteur développe une « anthropologie », une étude de la constitution de l’être humain depuis son origine spirituelle jusqu’à sa plongée dans la dimension matérielle dense. Ces deux points fondamentaux ne constituent pourtant que des marchepieds intellectuels pour comprendre le sens de la vie humaine et arpenter le chemin du christianisme : « Le christianisme rosicrucien ne considère pas que la compréhension intellectuelle de Dieu et de l’Univers soit une fin en soi ; loin de là, car plus l’intellect est développé, plus grand est le danger d’en mésuser. Par conséquent, ces enseignements scientifiques sont donnés dans l’unique dessein d’aider l’aspirant à croire et à entreprendre de conformer sa vie aux enseignements du Christ, ce qui est le seul véritable moyen d’arriver à la vraie Fraternité ».

Toute religion bien faite a, en effet, une conception de l’Univers (cosmogonie), de l’origine de l’Homme et de sa nature (anthropologie), et un évangile, c’est-à-dire une voie du Salut (évangile signifie littéralement « bonne nouvelle »). Ces trois aspects sont sensés répondre aux trois questions métaphysiques fondamentales : D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

À cette dernière question, Max Heindel tente de répondre en expliquant que l’évolution humaine est devant un défi car notre intellect est parvenu à une limite par la conquête et la maîtrise des forces naturelles (charbon, vapeur, jusqu’au nucléaire). Or, il existe une dissociation entre, d’un côté l’intellect humain qui s’est hypertrophié de façon chaotique et égoïste et dont découle le désastre social et écologique auquel nous participons et, de l’autre côté, le cœur en tant que foyer vivant de l’âme qui s’atrophie par la culture matérialiste ambiante et qui reste pourtant l’unique porte vers l’Harmonie, le Bonheur et l’Amour, fins dernières de toute vie humaine. Le courant de la Rose-Croix que représente Max Heindel pose ainsi comme voie chrétienne la recherche de l’unité entre le foyer du cœur et la raison : la naissance de Christ dans la grotte du cœur (Bethléem signifiant littéralement « la maison du pain de vie »), son ascension et sa délivrance au mont Golgotha (« le lieu du crâne »). Cette alliance entre le cœur et la raison est la source de la véritable intelligence, de l’amour et de la force juste. On est loin de la messe en latin, mais il nous semble que celui qui veut vraiment être chrétien doit avoir le courage d’explorer de telles pistes pour en trouver d’autres peut-être encore plus profondes.

Un siècle après la publication de La Cosmogonie, nous sommes les héritiers de cette volonté d’instruire l’humanité sur son origine et sa destination, et de former, sur la base de ce savoir spirituel et scientifique, « un noyau de fraternité universelle ». Ce message qui semblait révolutionnaire et merveilleux en 1875, sonne aujourd’hui à nos oreilles comme une vieille chanson ringarde des années 80 produite par la Banque mondiale et Monsanto. Cependant, comme le dit l’adage, « le diable ne crée rien, il copie et détourne ». Ainsi, l’uniformisation culturelle, politique et surtout technologique du monde n’est qu’une singerie funeste de ce pour quoi travaillaient sans relâche Rudolf Steiner et Max Heindel. Leur voie était celle du cœur, et l’unité dont ils parlaient était spirituelle. Pour reprendre les mots de Louis Ferdinand Céline, à partir d’un certain degré d’intelligence, les barrières entre les individus s’effacent. C’est en suivant cette voie du cœur que le véritable christianisme pourra se manifester en suivant la parole évangélique : « Soyez mes imitateurs », autrement dit, parcourez le chemin du cœur jusqu’à en éclairer votre intelligence. En dehors de cela, toute tentative d’unification de l’humanité n’est que gesticulation politique totalitaire.

« Le christ serait-il né mille fois à Bethléem,
S’il ne naît en toi, il est né en vain. »

La Cosmogonie des Rose-Croix ne se lit pas d’une traite comme un roman, c’est un livre d’étude, d’apprentissage et de recherche. C’est le manuel de base pour déchirer le voile du monde matériel et s’ouvrir aux saines impulsions de l’ère du Verseau.

 

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