14 AVRIL : MANI, le dénonciateur de la mystification planétaire

« Je suis venu pousser un cri en ce monde ! » (Mani)

Le 14 avril est resté, dans l’Histoire, comme la date anniversaire du prophète Mani, né en 216 après J.-C. On ne connaît que trop bien l’expression courante « être manichéen ». On connaît déjà beaucoup moins « l’hérésie manichéenne », terme qui s’applique à différents courants religieux persécutés par les orthodoxies et qui prenaient leur source dans la doctrine de Mani, « le médecin de Babel ».

, dit-on, le 14 avril 216 en Perse, Mani sera retiré dès son plus jeune âge à sa mère Myriam (Marie), et emmené par son père dans une communauté religieuse vivant à l’écart du monde.
Les membres de cette communauté, les Elkasaïtes, ou « Vêtements blancs », suivent une règle de vie chrétienne très stricte qui deviendra bien vite une prison pour l’âme du jeune garçon. À douze ans, Mani fait l’expérience mystique de la rencontre avec son « Jumeau », son être intérieur, que les gnostiques chrétiens et soufis du Moyen-Âge appelleront « le Bien-Aimé », et que Socrate nommait son daïmôn. Ce jumeau céleste informe Mani de sa mission de prophète, mais le somme d’être patient, l’heure n’étant pas encore venue d’affronter le vaste monde. Mani étudie et développe en secret ses talents de peintre des années durant, et c’est à l’âge vingt-quatre ans qu’il quitte la communauté, suivi par son père qui sera son premier disciple.

Commence alors le périple du prophète de la Lumière, qui enseigne que le monde matériel n’a pas été créé par Dieu. Il explique que les âmes y sont captives et devenues amnésiques, et que telles des perles perdues au fond de l’océan, elles devront être repêchées par des « vaisseaux divins » : les pêcheurs de perles, autrement dit, être reçues par des confréries spirituelles possédant la science de la Libération, la Gnose divine.
Mani est chrétien et commence par suivre les traces de l’apôtre Thomas qui prêcha l’Évangile en Inde. Le jeune prophète établit rapidement un véritable pont entre le bouddhisme de l’Orient et le christianisme occidental. Il prêche l’amour du Christ, mais comme le Bouddha, Mani puise sa force dans la connaissance de la souffrance et du Mal. Par le mal, on entend ce qui est éphémère, le caractère changeant et emprisonnant de la matière qui nous montre qu’à chaque instant, tout dégénère et meurt. Gautama Bouddha n’enseignait que deux choses : la souffrance et la cessation de la souffrance.
Mani fait de même en expliquant le dualisme philosophique de ses ancêtres mazdéens : il y a, dans l’univers, un principe ténébreux, matériel, temporel, mortel, et un principe de lumière, éternel, immuable. D’un côté, le Dieu bon qui n’a pas créé le monde de la souffrance, et de l’autre l’adversaire de la Lumière qui maintient l’humanité dans l’ignorance.
L’esprit qui sommeille en l’homme est un dieu qui s’est détourné de la source de vie divine par orgueil et égocentrisme. Originaire d’un monde spirituel semblable au feu lumineux, ce dieu orgueilleux a chuté dans une zone dense de l’univers – la matière – où des puissances bienveillantes l’ont accompagné afin de lui aménager un espace pour se rétablir : un univers de secours.
Mais, avec le temps, dans cet ordre qui se voulait temporaire, cet hôpital pour les dieux blessés, l’homme porteur de l’esprit a oublié son origine et passe sa vie dans la souffrance et les illusions à rechercher le bonheur là où il n’est pas. Le monde est devenu une prison où les hommes s’exploitent et pillent les richesses qui leur ont été données pour leur rétablissement spirituel. Ils s’y enferment au lieu d’élever leur conscience à la rencontre du Jumeau, la Perle de Lumière, l’étincelle immortelle qui doit revenir à la patrie originelle, « le Royaume qui n’est pas de ce monde ».
L’homme se perd dans son existence mortelle par manque de la connaissance, qu’on nomme en grec la Gnosis. Mani est un prophète de la Gnose, un informateur, un enseignant qui pousse chacun à renouer avec son dieu intérieur, à tourner les yeux vers la Terre de Lumière, appelée dans les Évangiles la Jérusalem Céleste.

L’Empereur de Perse, Shahpur Ier, souverain d’un territoire immense peuplé d’ethnies aux coutumes et cultes disparates, est séduit par le message universaliste prêché par Mani. Le pouvoir temporel tentera donc d’utiliser cette nouvelle religion lumineuse et tolérante pour unifier et pacifier l’Empire. Le prophète deviendra un personnage important de son vivant. Il se déplacera avec sa jambe boiteuse de naissance, à travers toute la Perse, écouté et suivi par des foules croissantes qui embrassent son enseignement.
Si tout est souffrance dans le monde de la mort, les manichéens n’en aiment pas moins la Vie. Dans la confrérie de Mani, on est végétarien, et on s’abstient de nuire à quelque créature que ce soit. On chante, on peint, on compose des poèmes ou des contes, comme la littérature persane plus tardive nous en offre de magnifiques exemples (voir les poètes Attar, Hafiz, Roumi et Saadi). Mani lui-même est un très grand peintre. C’est aux manichéens que l’on doit le développement de l’art des « miniatures persanes ». Élevé par les austères « Vêtements blancs », Mani exprime une révolution éclatante de couleurs. Tout comme Jésus, il sème l’amour et la consolation, mais cela trouble l’ordre social qui s’appuie sur le mensonge et le pouvoir des prêtres et des souverains.

Lorsque son protecteur Shahpur Ier meurt, les mages de la religion officielle de la Perse – le mazdéisme – s’organisent pour se débarrasser de ce prophète gênant qui leur fait de l’ombre et détourne le peuple des temples où ils exercent leur pouvoir. Mani est alors recherché, saisi et condamné pour des motifs sans doute similaires aux chefs d’accusation lancés contre Socrate sept cents ans plus tôt : corruption de la jeunesse et instauration d’une nouvelle religion (hérésie).
Pour l’exemple, on l’écorche et on le décapite. Sa tête est vidée, remplie de paille et plantée sur une pique aux portes de la ville, pour montrer que les manichéens sont stupides, et que leur voie hors norme mène au supplice.
La persécution commence et les communautés de Mani doivent fuir vers les montagnes et les déserts jusqu’à l’Inde et la Chine. La population chinoise des Ouïgours, par exemple, martyrisée par le régime politique actuel, descend des communautés manichéennes qui se sont établies dans l’Ouest de la Chine, des siècles plus tôt, au temps où les souverains de la région avaient embrassé la religion de Lumière. Le message de Mani résonnera également en Occident à travers la persécution menée par Augustin qui fut durant neuf ans élève des manichéens. Mais, fermé à la haute spiritualité de Mani, il quittera la communauté – ou plutôt en sera écarté par manque de compréhension – pour établir la doctrine qui deviendra la théologie officielle de l’église catholique. Il se réapproprie nombres de principes manichéens qu’il détourne tout en qualifiant ses anciens frères d’hérétiques « qu’il faut torturer longtemps afin qu’ils expient leur faute »… Curieuse « théologie de la grâce » que celle de ce « Saint » Augustin que Rudolf Steiner a comparé à Judas. Car Augustin développe sa théologie sur une opposition au Manichéisme qu’il réduit à des poncifs ridicules et à un dualisme caricatural.
L’esprit de Mani soufflera sur les communautés bogomiles de Bulgarie. Il se déplacera ensuite vers l’Europe et s’établira particulièrement dans le Sud de la France où fleurit le catharisme et son pendant guerrier : l’Ordre du Temple. L’église catholique ne manquera pas, à chaque fois, d’honorer le principe de la torture prôné par Augustin contre ces hérétiques.
Suite aux terribles persécutions du Moyen-Âge, la Gnose de Mani se dissimulera dans les confréries de bâtisseurs, ainsi que dans les fraternités d’alchimistes et ressurgira dans le courant de la Rose-Croix allemande du XVIe siècle. Cette influence rosicrucienne donnera sa forme à la franc-maçonnerie chrétienne prérévolutionnaire, qui était manichéenne dans son essence et ses symboles avant de tomber en décadence. À l’heure où le Grand Orient matérialiste fait la loi, le franc-maçon moderne peut se réclamer de Marx mais ignore l’existence même de Mani. L’Esprit a déserté la forme maçonnique qui est devenue une coquille vide.

« Je suis venu pousser un cri en ce monde ! », proclamait Mani. C’est l’appel à la Grande Libération. Comme l’Évangile, l’enseignement était basé sur la symbolique de la vie de Mani, avec son arrachement à l’univers maternel originel, sa déportation dans la prison des « Vêtements blancs », l’éveil du Jumeau, l’émancipation et le sacrifice. On retrouve ce schéma dans l’un des textes majeurs du Manichéisme, Le Chant de la Perle, que l’atelier de peinture de la Communauté de la Rose et de l’Épée a illustré dans un livre pour enfants.
Nous conseillons à ceux qui veulent entrer dans l’univers de Mani, le livre Les Jardins de Lumière, d’Amin Maalouf. Et pour ceux qui recherchent l’enseignement spirituel actualisé de Mani, nous renvoyons à l’ouvrage magistral de François Favre, Mani – Christ d’Orient, Bouddha d’Occident aux éditions du Septénaire.
De son côté, Joël Labruyère a composé, au printemps dernier, la chanson La perle de Mani, qui figure sur le disque Courir avec le Diable. Suite à cette chanson, nous avons produit une vidéo sur le Manichéisme. (Voir la chanson et la vidéo ci-dessous)

Rudolf Steiner a précisé que les communautés du futur qui résisteront à l’enfer technologique seront inspirées par Mani. Que son Esprit veille sur nous.

Victoire sur la Bête !

 

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